Hôpitaux: «Le Covid est un business»

Comptabiliser un maximum de personnes testées positives puis hospitalisées comme patients Covid, quelle que soit leur pathologie de base réelle. D'après une enquête de la chaîne publique italienne Rai2, c'est la recette choquante adoptée par des hôpitaux de Rome pour mettre la main sur la manne des remboursements de séjours. Cette pratique se retrouve dans de nombreux pays. D'autres médias publics, comme la RTS, oseraient-ils creuser un sujet aussi sensible?

Nous reproduisons ici la retranscription en français de l’enquête de la chaîne publique italienne Rai2, dans son émission ReStart.

A quand un travail semblable sur les ondes de la RTS, ou d’autres chaînes de service public dans chaque pays?

Une retranscription réalisée par Christian Campiche, fondateur du site suisse Infoméduse et membre de la rédaction de Covidhub.

***

Voir l’émission originale (en italien) – env. 4 minutes :

RETRANSCRIPTION :

Voix off de la journaliste:

Au centre du débat, ces derniers jours, il y a ces données. Celles qui alimentent quotidiennement le record des contagions diffusées par le ministère de la Santé. Lesquelles contagions, affirment certains, pourraient être dopées par la bureaucratie. Ou bien, comme le soutient ce médecin qui exerce des fonctions dirigeantes dans un hôpital de Rome, pourraient être volontairement altérées.

Médecin occupant une fonction dirigeante dans un hôpital de Rome (filmé de dos, non identifiable, voix truquée):

« Dans des dossiers, il est fréquent de lire qu’un patient est mort de Covid, alors qu’en réalité ce n’est pas le cas. »

Journaliste:

« Mais dans quel but? »

Médecin:

« Afin qu’augmente le nombre des cas positifs. La même chose survient lors des hospitalisations. Si un malade atteint de cancer entre dans un hôpital, et qu’il se révèle positif peu après son admission, il est immédiatement identifié comme un patient Covid, même s’il ne présente pas de symptômes. Il est très grave de transférer dans une structure Covid un malade porteur de tumeur, c’est comme l’envoyer à la mort. Mais cela arrive souvent. »

Journaliste:

« Mais à quoi servent tous ces cas positifs ? »

Médecin:

« A faire de l’argent. Vous comprenez bien qu’une personne admise à l’hôpital avec une jambe cassée et qui devient positive ne me rapporte rien si elle ne présente pas de symptômes. »

Journaliste:

« Qui gagne de l’argent ? »

Médecin:

« L’hôpital encaisse des remboursements proportionnellement au nombre d’admissions. La loi est respectée mais il existe aussi des logiques pour bien se répartir le butin. »

Journaliste:

« Mais pourquoi un hôpital public devrait avoir cet intérêt ? »

Médecin:

« Les intérêts sont l’argent, le pouvoir, l’avancement de carrière. Les récompenses ont déjà commencé. »

Journaliste:

« De quelle manière? Pouvez-vous nous donner quelques exemples ? »

Médecin:

« En reformulant les contrats, ils ont appelé cela « la productivité ». Le résultat est que l’on produit un nombre élevé de faux décès dus au Covid. »

Journaliste:

« Mais encore…? »

Médecin:

« Dans certaines structures hospitalières, on change les données. Ils espèrent qu’en pointant le doigt sur le Covid, ils peuvent mettre la main plus facilement sur l’argent du PNRR (ndlr: Plan national de relance et de résilience). Ils s’organisent aussi pour recruter du nouveau personnel, en dépit du fait que cette chose n’est pas prévue. »

Journaliste:

« Dans quel sens ? »

Médecin:

« Le (secteur) public ouvre les structures et la gestion du personnel se voit confiée aux privés. Les positifs servent à alimenter le système. »

Voix off de la journaliste / images de l’intérieur d’un hôpital :

« Un système capable de transformer le Covid en business. Mais est-ce vraiment la réalité? Pour comprendre, nous avons consulté la Gazette officielle où sont indiqués les coûts pour les séjours à l’hôpital et les majorations prévues en cas de maladie Covid. 3700 euros pour les hospitalisations en service médical et encore 9700 euros en thérapie intensive. Mais si ces remboursements servent à couvrir les dépenses pour le traitement de malades Covid, où se situe le gain ? »

Interlocuteur anonyme de dos:

« Je découvre que le Covid est d’emblée enregistré en tant que tel. »

Voix off de la journaliste :

A l’article 2, on lit en fait que les majorations sont déboursées quel que soit le code DRG (ndlr: système tarifaire) à la sortie du patient. En d’autres termes, non seulement est encaissé ce bonus final, mais le séjour entier est comptabilisé comme Covid, même si le patient n’était pas positif au moment de l’admission.

Giuseppe Conforzi, syndicat UIL FPL Lazio (interlocuteur cité plus tôt):

« Je vous donne un exemple. J’entre à l’hôpital avec n’importe quelle pathologie, comme une cheville cassée… On me garde quatre ou cinq jours, on me certifie avec un test que j’ai le Covid, et on me met sur un autre registre. Comme le dit la Gazette, mon séjour à l’hôpital change de catégorie (…) C’est une absurdité, mais c’est légal. »

Vois off de la journaliste:

Un choix qui remet au centre certaines données de contrôle sur cet énorme flux d’argent public…

Infirmier:

« On surveille constamment le passage des malades… »

Journaliste:

« …Et qui jetterait des ombres supplémentaires sur la gestion des hospitalisations dans les structures réquisitionnées pour l’urgence Covid. »

Infirmier:

« Aux urgences on a vendu des lits aux cliniques privées, accréditées ou pas. Ce qui est fondamental, c’est le contrôle de l’argent public qui a été reversé dans les structures privées. »

Journaliste:

Vraiment, les logiques des affaires seraient à la base de la gestion scélérate d’une structure privée qui opère dans la structure de la santé de la région du Lazio ?

Personne non identifiable:

« C’est un business ! Pour les privés, le Covid est un business! »

Voix off de la journaliste:

« Ecoutez ce que nous raconte cet employé d’une infrastructure sanitaire: »

Personne non identifiable (citée précédemment):

« Ce qui arrive dans le secteur privé est quelque chose de très grave. Nous avons reçu des consignes des hautes étages, des directeurs généraux, des directeurs sanitaires d’altérer les documents cliniques. En écrivant, par exemple, que le test est positif. Ou en déclarant Covid des cas suspects. Pour l’hôpital, sur 10 morts, 7 le sont de Covid, c’est décidé à l’avance. »

 

Voir l’article paru initialement sur le site Infoméduse :

« Le Covid est un business », ou quand la chaîne de télévision publique italienne enquête dans des hôpitaux

Voir aussi sur Covidhub :

Nombre de «vrais» morts du Covid: révélé au Royaume-Uni, fera-t-il tout basculer au niveau mondial?

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