La presse s’autocensure… par intérêt lucratif ?

C'est l'affirmation-choc d'une personnalité qu'il est difficile d'accuser de mal connaître son sujet: l'ancien directeur des programmes de France 2.

Eric Stemmelen a aussi dirigé l’institut de sondages Sofres.

Il s’est exprimé cet été au micro de POUR.PRESS en disant « peser » ses propos.

Entre avantages salariaux pour les méritants et menaces de licenciement pour les autres, la pression exercée conduit selon lui  à une auto-censure et à l’uniformisation du discours médiatique : « (on observe) la reproduction sur des sources apparemment diverses du même discours. Quand l’opinion est confrontée au fait que l’article du Figaro est finalement le même que celui Libération, qui est finalement le même que celui de l’Obs, qui est le même que celui du Monde… alors qu’il s’agit de sources bien différentes,  avec, dit-on, un pluralisme, une diversité. Mais tous disent la même chose ! Et donc, le public se dit : “C’est la vérité !”, puisque des organes aussi différents l’un que l’autre disent la même chose. Sauf qu’ils n’ont rien de différent, ils appartiennent tous à des milliardaires qui, eux, sont copains entre eux et n’ont pas besoin de se consulter pour dire la même chose. »

Les errements de la déontologie journalistique a frappé nombre d’observateurs depuis dix-huit mois. La célèbre journaliste suisse Myret Zaki, ancienne rédactrice en chef de l’hebdomadaire économique Bilan, s’était étonnée que le média en ligne Heidi News consacre une grande enquête à une « immersion » dans des milieux étiquetés complotistes (associatifs et donc accessibles à tous) en s’acharnant sur des opposants bien connus, inoffensifs et à vrai dire marginaux dans le paysage romand. Tout en se gardant bien d’enquêter dans la direction de conflits d’intérêts autrement plus problématiques, comme ceux révélés par exemple par le journaliste scientifique Xavier Bazin dans son livre « Big Pharma démasqué ».

  • L’«infiltration» dans la «complosphère» de Heidi.news interroge, L’Impertinent média : cliquer ici.
  • « Big Pharma Démasqué – Xavier Bazin, entretien avec André Bercoff sur Sud Radio : cliquer ici.

Ce sujet pourtant essentiel au décryptage de la situation actuelle étant resté un parfait tabou pour la presse, qui ne l’a jamais même mentionné !

L’ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève et directeur du Club suisse de la presse Guy Mettan, exprimait plus récemment à haute et intelligible voix sa déception quant au travail de la presse autour de la crise dite sanitaire.

  • Pourquoi la gestion du Covid m’exaspère, Bon pour la tête : cliquer ici.

L’affaire Berset, du nom du ministre de la santé de la Confédération helvétique, semble focaliser toutes les scories en question. Pour rappel, il a été révélé que le-dit ministre avait été pris dans une affaire privée avec une tentative de chantage supposée de la part d’une ex-maîtresse. A priori donc une affaire strictement privée, les ébats du ministre ne regardant que lui et ses proches.

Sauf que l’on apprit un faisceau d’éléments débordant de ce cadre : tout d’abord, M. Berset aurait utilisé sa limousine de fonction pour se rendre à des escapades galantes aux frais du contribuable. La suite est plus grave. Exigeant de ses conquêtes qu’elles renoncent à lui imposer le port du préservatif, l’entreprenant ministre aurait mis enceinte une jeune artiste, la poussant ensuite à se faire avorter.

Dans une situation matériellement et psychologiquement difficile, la jeune femme, par ailleurs alors mère d’un enfant de quatre ans, aurait demandé à M. Berset une aide financière que celui-ci présente dans sa version des faits comme une tentative de chantage.

C’est là que l’affaire tourne mal et en devient une : l’hebdomadaire alémanique  Weltwoche a raconté comment le ministre a, par l’entremise de son secrétaire général, fait envoyer un commando d’élite des forces spéciales pour intimider la jeune femme, devant son enfant en bas âge terrifié, mandatant ensuite une expertise psychiatrique à distance pour la faire passer pour « schizophrène ».

Celle-ci ayant renoncé à toute prétention, M. Berset a ensuite récompensé son secrétaire général en charge de l’opération en le nommant… directeur de Swissmedic, l’organe national d’autorisation et de surveillance des médicaments !

Une véritable et sordide affaire d’Etat donc qui vaudrait au principal intéressé dans toute démocratie « normale » d’être mis en cause.

Eh bien pas en Suisse !

  • Alain Berset, une toute-puissance qui interroge en démocratie, Liliane Held-Khaam : cliquer ici.
  • Dissolution de la Suisse sur fond de Dépossession. L’affaire Berset, un épiphénomène… Entretien avec Slobodan Despot : cliquer ici.

Comme l’ont souligné différents observateurs (dont la journaliste Amèle Debey dans L’Impertinent média), la communication du ministre et de ses relais politiques est qu’il s’agit d’une affaire privée et que le fait qu’elle soit révélée relève uniquement d’une manœuvre politicienne de la droite nationaliste contre un ministre socialiste. Et la presse romande de déployer une grand manteau blanc de silence, ouaté comme les neiges scintillantes du Jura sur les épaules du ministre de la santé…

  • Il faut sauver le soldat Berset, L’Impertinent média : cliquer ici.

Lequel a pourtant intimidé, maltraité et selon toute vraisemblance abusé psychologiquement une jeune maîtresse et son enfant aux frais du contribuable. Malgré cela, il ne faut semble-t-il pas compter sur les partis de gauche ni sur les féministes pour s’indigner. « Certaines personnalités, certains médias, ont donc une considération pour les droits des femmes à géométrie variable » relève Amèle Debey.

Bref, drôle de monde que celui de la presse aujourd’hui. Qui n’apparaît guère à son avantage.

Le sociologue Laurent Mucchielli, directeur de recherches au CNRS, a poursuivi une œuvre intellectuelle de grande ampleur sur son blog de Mediapart, que ce soit à travers ses propres publications ou en publiant des articles rédigés par des universitaires et chercheurs de haut vol.

S’intéressant à cette question, Mucchielli a décrypté les facettes de l’évolution problématique des pratiques journalistiques : « absence d’enquête de terrain, «people-isation», perte de neutralité au profit d’un genre de militantisme, enquêtes à charge, dépendance totale envers la communication des agences gouvernementales et des industries, le journalisme tel que défini il y a 50 ans dans la Déclaration de Munich est en train de disparaître sous nos yeux, éclipsé par un «fact-checking» général aussi superficiel que biaisé » soulignait-t-il en introduction d’un tour d’horizon.

  • La crise sanitaire a révélé l’inquiétant déclin du journalisme, Laurent Mucchielli, 15 juillet 2021 : cliquer ici.

On se demandera éventuellement si c’est un hasard que le sociologue se soit fait attaquer récemment, des tribunes de collègues et différents articles à charge étant publiés en particulier dans Le Monde et repris dans d’autres médias…

En Suisse toujours pour terminer, les Amis de la Constitution, cette association citoyenne qui a fait aboutir deux référendums contre la loi-Covid, vient de réussir un nouveau pari en déposant le nombre de signatures requises pour un nouveau referendum intitulé « Non aux médias contrôlés », visant à supprimer les aides d’état généreusement accordées à une presse dite « mainstream ». Avec pour argument que cet arrosage, comme le suggère Stemmelen, stérilise la presse de son rôle critique fondamental.

  • Référendum contre l’aide aux médias: les 50’000 signatures atteintes, Arc info : cliquer ici.

 

 

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