L’armée appelée en renfort aux HUG: un soldat témoigne de son inactivité

A Genève, les Hôpitaux universitaires seraient tellement surchargés qu’ils ont demandé au Canton de faire appel à l’armée pour venir en aide aux soignants. Sur place, une jeune recrue témoigne de son inactivité dans un service majoritairement occupé par des personnes en fin de vie, toutes vaccinées.

Par Amèle Debey

Suite aux décisions similaires de nombreux pays européens, Alain Berset veut débarrasser les Suisses des mesures Covid dès le 16 février. Admettant au début du mois l’inutilité du pass sanitaire au journal du soir de la RTS, il tient cependant à attendre deux semaines supplémentaires avant de lever son obligation. Parce qu’on ne sait jamais…

Mais si Berne annonce la fin programmée de la crise, grâce notamment à un variant Omicron bien moins dangereux que ses prédécesseurs, certains cantons estiment que la situation est loin d’être sous contrôle. Jusqu’à demander à ce que des bataillons de l’armée soient envoyés dans les hôpitaux pour assister le personnel soignant.

«Notre département a adressé le 30 décembre la demande aux autorités militaires qui ont validé l’engagement de 30 appelés du 12 janvier au 11 février au sein des HUG, confirme Adrien Bron, chef de la Direction de la santé. Ce besoin a été justifié par le fait que les HUG se sont trouvés en janvier, et se trouvent actuellement encore, en situation de surcharge massive en raison des hospitalisations Covid et que nous avons été poussés à la limite de ce que nous pouvions mobiliser sans cette aide bienvenue.»

Cependant, tout le monde ne vit pas ces prétendus débordements de la même façon.

Des justifications différentes

«On a reçu un SMS lapidaire quatre jour avant d’être mobilisés, explique Bastien*. On a cru qu’il y avait urgence. En arrivant sur place, on a déchanté. Tous les patients ont 90 ans ou plus, tous avec des comorbidités et tous vaccinés deux ou trois fois. Aucun jeune n’est là pour le Covid.»

Bastien a donc dû quitter ses activités professionnelles et annuler tous ses rendez-vous au pied levé, pour aller porter secours au personnel des HUG durant un tournus de trois jours, à raison de 12h de travail par jour. «Sur ces 12h, je ne suis actif que 1 à 4 heures par jour,» explique-t-il.

Quant aux raisons qui lui ont été données pour une telle mobilisation, Bastien affirme qu’elles ont changé à plusieurs reprises: «On nous a d’abord parlé du manque d’effectifs, puis on nous a dit qu’il ne se passait rien pour l’instant mais que cela pourrait monter en pic n’importe quand. Enfin, on nous a expliqué que les soignants les plus formés sont envoyés là où il y a véritablement une crise et que l’on doit donc parer à leur absence.»

Les soignants plutôt surpris et gênés

Egalement formé aux soins, en tant que militaire auxiliaire de santé, Bastien s’agace de constater qu’on lui demande de faire des choses «que n’importe qui pourrait faire». Telles que vider les poubelles, ranger le matériel, prendre les températures. «J’ai l’impression de gêner les soignants plus qu’autre chose, car ils sont surpris de me voir et doivent se creuser la tête pour trouver quelque chose à me faire faire.»

En outre, l’armée assure 80% de leurs revenus à ceux qui ont un contrat de travail, ainsi que 62 francs par jour aux étudiants. Les autres doivent se contenter du «salaire» journalier de 5 francs.

Panique à bord

Confronté à ces affirmations, le lieutenant-colonel Maxime Fontaine, chef communication de la division territoriale 1 répond: «Un seul témoignage n’est pas représentatif de l’opinion des soldats en général. Je ne peux pas commenter des propos anonymes, mais qu’un soldat ne comprenne pas bien ce qu’il fait là-bas, cela m’étonne. Je leur ai rendu visite moi-même la semaine dernière. Ils sont là-bas en appui, c’est peut-être ce qui change avec les précédentes vagues. Il s’agissait d’aider le canton, puis les hôpitaux, mais ici il s’agit de soulager le personnel soignant, explique-t-il.

Armée appelée sur la base des chiffres et contaminations non d’hospitalisations

Mais lorsqu’on lui demande ce qui a déclenché cette décision, Maxime Fontaine répond: «L’armée a été appelée par le Canton, le 7 décembre, au moment où les chiffres ont commencé à devenir très impressionnants.»

Cependant, il s’agit bien des chiffres de contaminations et non d’hospitalisations. Or, on sait désormais que le variant Omicron, s’il est plus contagieux, est moins dangereux. Une conclusion à laquelle semble également être arrivée la Direction de la santé, représentée par Adrien Bron: «En raison des nouvelles connaissances sur la virulence du variant Omicron, qui provoque moins d’hospitalisations que les variants précédents du COVID-19, nous n’avons pas sollicité la prolongation de l’engagement de l’armée au-delà du 11 février.»

*identité connue de la rédaction

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