Le ministre colombien de la santé fustige les vaccins Covid… puis se rétracte

Guillermo Alfonso Jaramillo, a surpris tout le monde en affirmant au Sénat que l'Etat a «joué avec la vie des Colombiens», exigeant l'arrêt de cette «expérimentation». Avant de démentir partiellement ses propos

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Guillermo Alfonso Jaramillo, ministre de la santé de Colombie, n’a pas mâché ses mots lors d’une audition au Sénat fin novembre pour critiquer avec virulence la mise sur le marché des vaccins Covid à ARN messager et une pharmacovigilance défaillante. Selon lui, «Chaque vacciné colombien a contribué à la plus grande expérience jamais menée dans l’histoire de l’humanité. Quelques jours plus tard, il s’est fendu d’un démenti partiel que certains jugent imposé par des pressions (voir en fin d’article).

Et pourtant ses propos virulents enregistrés en vidéo ont été pris au sérieux vu qu’il est lui-même médecin, chirurgien avec une spécialisation en cardiologie, aussi pédiatrique.

Selon le ministre, qui s’exprimait dans le contexte d’un débat politique sur la pénurie de médicaments en Colombie, l’Etat a “joué avec la vie des Colombiens” en permettant l’usage de ces technologies à ARN messager qui n’ont fait l’objet d’aucune autorisation en bonne et due forme :

Nous ne pouvons pas continuer à expérimenter avec la communauté colombienne, et encore moins avec les indigènes, avec les Noirs et avec les plus pauvres de ce pays, les paysans.

Ses déclarations ont eu l’effet d’une bombe, alimentant un débat nourri au sein de l’opinion publique colombienne.

Pourquoi une telle urgence?

Jaramillo a souligné la nécessité d’un processus d’approbation des nouveaux médicaments basé sur la prudence et a interpellé les sénateurs, s’étonnant de l’urgence dans laquelle des pays traditionnellement rigoureux tels que les États-Unis et les pays européens ont pris des décisions, quitte à compromettre les normes :

Pourquoi se précipiter pour approuver des médicaments, en sautant les phases essentielles des essais cliniques ? Avec le Covid, un précédent a été créé pour l’acceptation de médicaments dans la phase II des tests, alors qu’auparavant, les évaluations persistaient jusqu’à la phase III. Quelle est la cause de cette pression et pourquoi des phases cruciales sont-elles abrégées ?

Âgé de 73 ans et triplement vacciné avec le vaccin chinois contre le Covid Sinovac, le ministre ne saurait être soupçonné de vouloir rechercher un simple éclat médiatique. Engagé en politique dès la fin des années 70, il a été maire, gouverneur ainsi que député et sénateur au niveau fédéral, avant d’être nommé à la tête de la Santé en mai 2023, une fonction également occupée par son père de 1978 à 1982.

La France reste dans le déni

La sincérité de ces propos tranche avec le déni absolu du ministre français de la santé, Aurélien Rousseau, ce dernier allant jusqu’à nier publiquement l’existence d’effets secondaires des vaccins Covid sur France Inter, le 3 octobre dernier. Le ministre est dans ce cadre visé par plusieurs plaintes pénales pour “tentative d’escroquerie au consentement à la vaccination”.

Un démenti sous pression ?

Les propos de Guillermo Alfonso Jaramillo ont créé la polémique, poussant le président colombien lui-même à soutenir publiquement son ministre, qui a, quelques jours après les faits, rédigé une “déclaration au public” pour s’expliquer et démentir – très partiellement – ses propres propos.

Dans sa lettre, traduite et reproduite ci-dessous, il justifie que si “les phases 3 et 4 de la méthode scientifique n’ont pas été respectées”, c’est en raison de l’urgence sanitaire. Il y affirme que ces technologies se sont révélées finalement “très prometteuses pour réduire les hospitalisations et les décès”.

Il se défend d’être un anti-vaccin et rappelle que son ministère, “compte tenu des preuves scientifiques disponibles”, continue de proposer l’offre de vaccins dans sa réponse au Covid et invite les Colombiens à participer à la journée nationale de la vaccination le 16 décembre.

Aucune mention des phrases les plus marquantes et les plus controversées que nous avons relevées plus haut, qui se sont pourtant bel et bien retrouvées dans la bouche du même ministre lors de son discours au Sénat.

Est-ce la peur de ruiner la confiance envers tous les vaccins qui lui a fait changer de cap aussi radicalement en quelques jours ? À chacun de juger, les éléments factuels parlent d’eux-mêmes.

Ce volte-face, au lieu de rassurer, risque de miner la confiance envers les autorités sanitaires sur le long terme, comme le relevait une étude danoise de 2021.

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