Urgence levée au Canada: vers une enquête parlementaire sur la répression de Trudeau

Après une dispersion violente des Convois de la Liberté à Ottawa, le premier ministre a annoncé le 23 février la levée de La loi sur les mesures d'urgence, qui permettait notamment de geler des avoirs bancaires. Sa répression musclée a suscité de fortes réactions dans le monde. Au Canada même, sept provinces sur dix l'ont clairement désavoué, annonçant un allègement des restrictions. Aux Etats-Unis, un convoi s'est mis en route.

Rétropédalage en catastrophe? se demande France Soir.

Le mercredi 23 février, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la révocation de la Loi sur les mesures d’urgence invoquée par son gouvernement le 14 février dans le cadre de la dispersion des manifestations et des blocages entrepris par le Convoi de la liberté. «La situation n’est plus une urgence», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. «Nous sommes convaincus que les lois et règlements existants sont désormais suffisants pour assurer la sécurité des personnes.»

Pourtant, la répression musclée des manifestations dans la capitale Ottawa ainsi qu’aux postes frontières avec les Etats-Unis (là où le statut vaccinal des camionneurs était contrôlé), est loin de faire l’unanimité au Canada. Des policiers sont accusés, vidéos à l’appui, de brutalités contre des manifestants pacifiques, y compris une femme handicapée.

Enquête parlementaire bientôt lancée

Une enquête devrait démarrer d’ici 60 jours sur le bien-fondé de cette politique intransigeante. Elle sera supervisée par un comité de parlementaires, largement issus des milieux conservateurs. La loi d’exception avait été votée par 185 voix (essentiellement de gauche) contre 150.

Elle permettait notamment de geler les comptes bancaires des manifestants et de leurs soutiens, sans passer par un juge. Elle facilitait aussi des emprisonnements expéditifs.

De son côté, l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) a alerté sur l’inutilité d’une telle loi, arguant que les manifestations du Freedom Convoy ne constituaient pas une urgence nationale légitime. Elle annonce maintenant envisager une action en justice contre le gouvernement.

Ces réactions pourraient inspirer des investigations indépendantes sur la politique sanitaire des autorités, réclamées par des juristes et des défenseurs des libertés dans de nombreux pays, dont la Suisse et la France.

Les conservateurs se déchaînent, des provinces se désolidarisent du gouvernement central 

Candice Bergen, cheffe du Parti conservateur, ne s’est pas privée de critiquer le premier ministre libéral: «L’annonce d’aujourd’hui est la preuve [qu’il] avait tort lorsqu’il a invoqué la loi sur les mesures d’urgence (…) Rien n’a changé entre lundi soir et aujourd’hui, si ce n’est l’augmentation des inquiétudes de la part des citoyens canadiens, d’une couverture négative de la part des médias et de la ridiculisation du Canada sur la scène mondiale.»

D’autre milieux de droite, comme le nouveau parti True North ou le Parti populaire réjouissent de voir Trudeau faire « marche arrière » et renoncer à « son coup d’Etat corrompu ».

On a là une situation politique inédite, où une certaine gauche libérale défend une ligne dure, alors que la droite s’empare de l’étendard des libertés.

Pourtant, la majorité des partisans des camionneurs refuse de se positionner sur un clivage gauche-droite et reflètent un ras-le-bol face aux « diktats sanitaires » des autorités et du pouvoir médical.

Une majorité de provinces et territoires du pays (Manitoba, Ontario, Colombie britannique, Alberta, Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador, Ile-du-Prince-Edouard) ont annoncé depuis le début du mouvement la levée prochaine de nombreuses mesures (masque obligatoire, pass vaccinal, rassemblements limités…). Le Québec a aussi annoncé des assouplissements tout en maintenant pour l’instant le masque obligatoire et le pass.

Un convoi démarre aux Etats-Unis

Les protestations de milliers de camionneurs, qui ont fait des émules dans le monde (Etats-Unis, Europe, Nouvelle Zélande, Australie), s’en prenaient au départ à l’obligation vaccinale imposée aux chauffeurs devant passer la frontière. Gagnant un large soutien populaire dans tous les secteurs de la société, notamment la jeunesse, elles se sont ensuite étendues à l’ensemble des restrictions des libertés et aux accusations de désinformation sur l’épidémie du Covid.

Aux Etats-Unis, plusieurs milliers de routiers et manifestants s’apprêtaient mercredi 23 février à relier Adelanto (Sud de la Californie) à Washington, où les autorités sont déjà sur les dents. Brian Brase, l’un des leaders du People’s Convoy, réclame «un retour à la normale». «Nous contestons les mesures d’urgence qui ont été mises en œuvre et nous voulons la fin de tous les décrets sur le port du masque et la vaccination obligatoire pour les employés fédéraux et les soignants», dit-il.

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